Le madjliss

Publié le par Chris, blog-trottine

Vendredi soir, accompagée d'Elodie (une collègue) et de deux de ses voisins, Mansour et Youssouf, nous nous sommes rendus à Majikavo, pour assister à une fête religieuse. Il s'agissait d'un madjliss pour les enfants. Il y avait beaucoup de monde, mais autant vous le dire tout de suite, nous étions les deux seules m'zungus dans l'assemblée, et nous ne sommes pas passées inaperçues !!





Cette cérémonie regroupe tous les enfants d'une même école coranique (madrassa). Ils sont tous vêtus de la même façon ; les garçons sont en boubou blanc et les filles en noir.

Les enfants sont assis par terre sur une grande natte, tandis que les hommes derrière eux sont sur des chaises :


Chacun leur tour, un par un, les enfants montent sur la scène pour montrer à leur famille ce qu'ils ont appris à l'école coranique :

 


Ils récitent des versets du Coran, en langue arabe.


Une fois sa prestation terminée, des femmes de la famille montent sur la scène pour féliciter l'enfant : elles lui passent un collier de fleurs autour du cou, et lui glissent discrètement quelques billets dans la main en guise de récompense :


Celui-ci tient sous son bras droit la coquette somme de 100 euros !



Pendant ce temps, le Fundi (c'est-à-dire le maître) maintient l'ordre dans l'assemblée, en alignant les enfants, et "recadre" ceux qui ont tendance à se dissiper :

en-ligne-les-enfants.jpg

De temps en temps, les récitations du Coran s'arrêtent pour laisser place à un intermède musical. Des hommes, regroupés en associations culturelles et religieuses interviennent alors. Ils chantent des chants religieux, accompagnés de percussions : ils appellent ça des "kahandza". Toute l'assemblée se lève et se met à danser :


Ils tiennent dans la main une sorte de canne, mais personne n'a su m'expliquer pourquoi?


 
Voici notre ami Mansour, en habit religieux, tenant un tari : c'est une percussion traditionnelle servant à accompagner les chants.

La cérémonie a débuté à 19 heures, mais quand nous sommes partis à 1 heure du matin, c'était loin d'être fini ......





Une petite impression personnelle pour finir cette note :
 
Je suis à la fois très contente d'avoir assisté à un madjliss, et ce grâce à Mansour qui fait partie d'une association et qui nous a permis de découvrir cette tradition. C'est aussi grâce à lui que j'ai pu prendre quelques photos de ce moment, car il a spécialement demandé l'autorisation aux organisateurs. Ca vaut le coup de voir ça au moins une fois et je l'en remercie.

D'un autre côté cependant, nous avons été un peu refroidies, Elodie et moi-même, par certaines pratiques : les adultes qui interviennent, ont librement choisi leur pratique religieuse et nous respectons cela.
Pour les enfants, en revanche c'est une autre histoire : nous avons vu des petits garçons et petites filles âgés de 2 ou 3 ans seulement prendre part à la cérémonie.... 
... ils savent tout juste parler et apprennent déjà par coeur des versets du Coran (qu'ils répètent sans comprendre) ... 
... vont tous les matins, avant l'école publique, à l'école coranique...
... sans parler des coups qu'ils recoivent s'ils ne sont pas d'assez bons élèves....
... parce que leurs parents l'ont décidé et que c'est la règle pour tous....
... et qu'ils n'ont pas le choix...

... cela fait certes partie d'une éducation communautaire...
... Mais que comprennent-ils de Dieu à cet âge là ??? A méditer....

2-petits-garcons.jpg

 


 

"Je ne demande pas votre foi ; je ne suis pas moi-même placé en position d’autorité. Je n’ai rien à vous apprendre - pas de nouvelle philosophie, aucun nouveau système, aucun nouveau chemin d’accès à la réalité ; il n’existe pas de chemin vers la réalité, pas plus que vers la vérité. Toute autorité de n’importe quelle nature, notamment dans le domaine de la pensée et de la compréhension, est la chose la plus mauvaise, la plus destructrice. Les meneurs détruisent les suiveurs et les suiveurs détruisent les meneurs. Vous devez être votre propre maître et votre propre disciple. Vous devez interroger tout ce que l’homme a accepté comme valable, comme nécessaire."

                                                                    Krishnamurti
.

 

Publié dans La vie à Mayotte

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said 21/04/2008 13:03

rex pour te rassurer les mahorais ne pratique pa l'excision et en ce qui concerne l'école coranique certain pratique sont en train de disparaitre comme fouetté les èleves mais aussi ces enfant ne vont  q'une fois a l'école coranique dans la journé et c 'est à la sorti de l'école laique

les blog-trotters 15/05/2008 10:14



Merci Said de ta visite sur le blog et de ta réponse à Rex.
Pour ce qui est de l'école coranique, peut-être que ca s'assouplit un peu, mais certaines de mes élèves me racontent encore qu'elles se font battre parfois .... Ca évolue lentement !!
Reviens nous lire quand tu veux, c'est très sympa d'avoir l'avis de mahorais sur notre visison de l'île !!



Rex 25/03/2008 17:11

PS: vous m'excuserez mon francais, mais il a tendance a rouille en Irlande et je il n'y pas d'accent sur mon clavier.

lolo blog-trotter 25/03/2008 21:13



Désolé Regis, mais je ne te répondais pas précisément quand je citais Krishnamurti. Je revenais juste du geyser : une session de chasse sous marine au milieu de
l'océan indien... ses pelagiques, ses gros poissons mais aussi ses requins, son courant... Bon je m'égare, quand j'ai découvert l'article de Christine, j'ai tout de suite pensé à Krishnamurti, ce
religieux atypique, qui avait été formé pour être le gourou, le fundi, le chef religieux, le véhicule du mouvement théosophique ... Et qui a decidé alors de propager le religieux
hors de toute organisation, pointant le danger de toute autorité, comme si nous devions "nous poser des questions fondamentales et ne pas attendre que les réponses nous soient données par
les autres". Je voulais rajouter cette petite citation que l'on a finalement mis à la fin de l'article... Allez une dernière petite reflexion :  "l'ignorant n'est pas celui qui
manque d'érudtion mais celui qui ne se connait pas lui-même"...

Lolo.



Rex 25/03/2008 17:08

C'est bien jolie ce que tu me cites la, mais tu preches un converti ;)Je n'ai rien contre les religions, c'est les religieux qui m'insupportent. Pour en revenir a ce que je disais avant, j'ai bien dit que je n'excusais pas la violence mentale ou physique sous couvert de religiosite, mais que la comprehension de notre propre passe religieux mouvemente pourrait t'aider a, primo, comprendre que cela puisse exister ailleurs, et deuxio, voir des solutions possible a une aide vers un monde meilleur. Je ne vois pas de maniere moins pompeuse de dire cela, mais si tu veux faire bouger les choses, le mieux est de se servir de ce qui c'est deja passe comme base de depart. Au fait, une question, a quel niveau de "sauvagerie" ils se situent? Est ce qu'il ne pratique pas l'excision ?

severine et François 25/03/2008 14:57

Salut Chris!
Bel article sur les madjliss et belles photos. Et je partage entièrement t ton impression personnelle. On a quelques connaissances qui ont fait un tour à l'école coranique et qui n'en gardent pas un très bon souvenir.Les choses changent...Sinon pour le concert, j'ai juste enregistré un petit bout de Daddy Happy car le son n'était pas très net, et après c'était un peu la fête, et la queue pour le pilao!

les blog-trotters 30/03/2008 17:07


Oh oui, nous aussi on a fait 1H30 de queue pour manger et quand on a passé la commande, la dame nous a répondu "désolée, mais il n'y a plus aucun accompagnement !"
Ahrrrrr. Une demie-heure de plus pour re-faire cuire du riz ....


Regis 24/03/2008 15:55

Faut comparer ce qui est comparable. Il n'y a pas si longtemps, nous aussi on était forcé d'aller au catéchisme. Et la derniere fois que j'ai foutu les pieds dans une eglise, j'ai eu le malheur d'arreter de reciter la priere parce que je trouvais impoli de faire semblant, bien mal m'en a pris. Je me suis fait remonter les bretelles par le curé. C'est dans ces moments là que tu comprends que la nécessité de se fondre dans le paysage.
J'avais une amie qui venait d'Alsace et elle m'a dit une fois que là-bas c'était encore mal vu de ne pas avoir fait ses DEUX communion!
Ici, en Irlande, les histoires de violences sur les enfants par les prêtres sont encore traumatisantes.
Attention, je n'excuse rien. Je dis juste qu'il faut relativiser.