La pêche au gros... thon !

Publié le par les blog-trotters

 

    Alors que ma chérie et moi-même poulpions tranquillement sous la chaleur accablante, mon voisin Michel me téléphone pour me proposer d'aller pêcher. Une seule contrainte, le départ est dans dix minutes. Pas de problème, j'avale un sandwich et prépare mes affaires de plongée. Peut-être aurons-nous la chance de croiser des dauphins ?

 

    Rapidement on se rend compte que la mer est plutôt agitée. Comme nous sommes partis vers 13h30, nous sommes un peu pressés. Michel met les gaz, et son 15Cv propulse son petit zodiac dans un rodéo tape-cul digne d'un bon manège. On commence à traîner. Michel n'a pas tout son matériel et il m'explique qu'il a dû sortir une vieille canne avec du fil tressé. Il m'aime pas ça : ce fil trop visible n'attire pas vraiment les poissons et il est peu résistant. La suite nous prouvera que le capitaine Michel dit parfois des conneries.

 

    On aperçoit au milieu de l'agitation de l'océan des mouettes qui planent puis plongent avec virtuosité. Arrivé à côté de ces chasseurs des airs, Michel semble un peu déçu : ce ne sont que de simples petites bonites. Pas de signes de thons qui chasseraient en dessous. Dix minutes de traîne, mais rien ne mord. Pourtant les bonites dansent ?


    Alors que je remonte une canne pour je ne sais plus quelle raison, mon fil file et tout s'emballe : bonne nouvelle, au bout du fil, c'est l'appel d'un éventuel carpaccio ! Michel s'empare de ma canne. A la manière dont elle plie, je sens déjà qu'il va y avoir du sport. Au milieu du remous mais rayonnant d'expérience, Michel m'annonce que l'on a du gros au bout du fil. Il m'explique comment manoeuvrer le bateau. La lutte est terrible. La canne au fil tressé se tord, le bateau tourne à bâbord et Michel assure en changeant de position : il place le bas de sa canne sous sa jambe pour contenir les assauts de son terrible adversaire tout en m'expliquant sereinement de foncer à tribord. Michel en chie mais je sens qu'il en vu d'autres et qu'il prend son pied. C'est alors que le bateau tourne à tribord. Le capitaine relève agilement sa canne pour éviter que le fil ne s'emmêle dans le moteur. Quand le bateau est placé dans l'axe de sa canne, le vieux briscard peut utiliser toute sa force. Il pompe comme un damné pour essayer de gagner du fil sur son puissant adversaire. Mais il lance à chaque fois, de plus en plus perplexe : "putain mais c'est pas possible ! Chaque fois que je lui prends 2 mètres, il m'en reprend 4 !". Le combat est vraiment sauvage et Michel commence à douter de sa capacité à ramener ce poisson qui ne faiblit toujours pas malgré la demi-heure de lutte. "Je ne sais pas si on va pouvoir le ramener mais j'aimerai au moins voir ce que c'est : il a une puissance phénoménale ! J'ai jamais ressenti une telle force au bout de la ligne ! C'est un thon mais il doit être énorme ! Merde !  J'espère que ce n'est pas un requin parce que là on est mal !!! ". Qui va lâcher ? Le visage marqué par l'effort,  Michel me semble toujours prêt à en découdre malgré l'insolente puissance que dégage ce monstre des mers. J'hallucine !!! Il m'explique que si on arrive à ramener la bête, je devrai la gaffer. La gaffe, c'est un outil utilisé par les pêcheurs pour ramener dans le bateau les gros poissons sans prendre le risque qu'il se détache. En fait c'est un manche à balai sur lequel est monté un gros crochet bien pointu. Mais bon pour l'instant rien n'est joué : Michel a peur que le fil tressé lâche. Ce serait vraiment fâcheux !  Quand soudain il s'écrie : "c'est un thon, il est énorme ! Tu l'as vu, il est énorme !  C'est un thon jaune !  Il est à 5 mètres sous le bateau !". Bien évidemment, je n'ai rien vu, trop concentré que je suis sur le fil de la canne et l'orientation du bateau.  Alors que Michel en plein effort tente de ramener progressivement le thon jaune, on l'aperçoit furtivement, fonçant comme une fusée dans l'océan. On coupe : silence moteur, en route pour le dernier round. Je me saisis de la gaffe et j'observe le fiévreux combattant, sa double crête surgissant du grand bleu. La tension monte.  Michel m'explique : "avant que le thon se rapproche du bateau, tu dois plonger la gaffe  dans l'eau, pour pouvoir au moment de son passage  le transpercer par la tête et le remonter. Par contre il risque de réagir avec force."  Magie des moments forts, je n'ai pas eu le temps de douter, à l'écoute des conseils de mon capitaine, je le gaffe de justesse mais je le remonte à bord. Après un dernier soubresaut, épuisé par la lutte, Michel achève le monstre à coups de couteaux dans la tête. Pour fêter notre victoire, on se descend une bière fraîche directement sortie d'une glacière spéciale pêche au gros. Mais même ce modèle de compétition est un peu court pour notre thon. On  le vide  et on décide de rentrer directement, fiers de notre petite excursion en mer.

 

    Après une bonne douche bien méritée, on se retrouve chez Michel pour un petite séance photo :

 

 
Pas mal la bête !!!

 

    Pour la pesée, on est un peu court car Michel n'a qu'une balance qui plafonne à 20 kg. Il estime que ce magnifique thon doit peser dans les 30 kg. On découpe un bout de queue et sa pesée indique déjà 10 kg !  Pour le deuxième morceau, la balance disjoncte. On recoupe alors ce morceau de plus de 20 kg en deux. Attention l'addition tombe 10 + 10 + 18 =

 

Un thon jaune de 38 kg !!!

 

 Grand seigneur,  Michel me donne la queue de 10 kg ! Un beau cadeau qui offre aux blog-trotters la possibilité de doux voyages gustatifs sur un thème imposé par la fraîcheur de la chair : carpaccio et autres poissons crus. Le premier voyage ne s'est pas fait attendre :

 

Carpaccio de thon jaune.

 

    Pour conclure, j'aimerai rendre hommage à Michel : pour ceux qui s'y connaissent un peu, il a sorti ce thon de 38 kg à la force des bras, sans harnais (mais avec un petit mal aux coucouniettes), sur un petit Fun Yak de 3,9 mètres chahuté par un océan plutôt agité, accompagné par moi-même qui n'avais jamais assisté à une seule pêche-combat. Pas mal pour un seul homme !!!

 

  Merci Michel, pour cet inoubliable duel de titans !

   

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Rex 25/01/2007 11:19

Et le sushi, ca ne vous tente pas ?

les blog-trotters 25/01/2007 19:03

Si plutôt 2 fois qu'une ! On a même acheté un bouquin sur le sujet. Mais on n'arrive pas à trouver de riz rond à mayotte. Je vais essayer un de ces jours avec du riz long grain même si cela ne semble pas adapté. D'autre part, est ce que quelqu'un saurait préparer le gingembre au vinaigre : les petites lamelles roses que l'on vous sert avec les sushis?

Fabien 22/01/2007 11:45

Mes truites "géantes" ont des allures de poisson rouge tout à coup. 38Kg de carpaccio ?

les blog-trotters 25/01/2007 19:05

Non pas 38 kg de carpaccio : il ne faut pas oublier la tête, les arêtes et la queue !