Un bivouac éprouvant : 6° partie

Publié le par Lolo blog-trotter

 

J'ai oublié de préciser : nous commençons notre sieste autour de 6 heures du mat : le soleil se lève. Je me réveille 1 ou 2 heures plus tard en raison d'une envie pressante ! Encore dans le paté, je croise Fred qui est réveillé. C'est alors que mon capitaine m'assène le coup de grâce : "lors du nauvrage, j'ai perdu toutes mes clefs : celles de la maison, de ma voiture... Je n'ai même pas de doubles ! C'est ma vie qui bascule, je ne sais pas comment je vais m'en sortir sans mon outil de travail !". Ce flot de mots maudits désert de désespoir me laisse sans voix, comme un con incapable de trouver les mots qui pourraient offrir un peu d'espoir à son ami. Je me couche, amer...

Nouveau réveil et enfin bonne nouvelle : alors que la marée a baissé pour laisser notre bateau dans un étau de sable toujours plus imposant, Fred retrouve ses clefs ! La roue tourne : cela nous remonte un peu le moral. Avant de se remettre à creuser, il nous faut résoudre un double problème : tout d'abord, nous manquons d'eau. D'autre part, nos moteurs sont HS : il faut trouver un remorqueur ! Mais notre téléphone portable ne capte pas sur cette plage isolée. Heureusement Matthieu se rappelle que son téléphone captait lors d'un précédent bivouac sur la plage principale de ce gros îlot de M'tzamboro. C'est alors que Fred aperçoit au loin un bateau de police. Nous vérifions avec les jumelles, mais on réalise en un clin d'oeil qu'elles n'ont pas supporté le naufrage. Nous nous signalons à cette aide inespérée en faisant de grands signes... Ca marche ! Le navire s'arrête, fait demi-tour. "C'est bon ! ils nous observent aux jumelles car ils ne peuvent pas avancer avec la marée basse. Ils ont compris, ils vont prévenir un bateau plus léger avec un faible tirant d'eau." Cependant rien n'est sûr ! Matthieu et Fred partent pour un tour de l'île à la recherche d'une onde téléphonique capable de nous mettre en contact avec le monde civilisé. Plusieurs objectifs : un remorqueur pour la marée haute de ce soir, de l'eau, des pelles et des renforts humains. Mission accomplie, après 2 heures de marche. Jackie, propriétaire d'un club de plongée et moniteur pour la préparation au permis bateau, viendra nous remorquer à 18 heures. Il faut que tout soit près. Sylvain, le collocataire de Matthieu va essayer de nous envoyer du renfort.

 

Pendant ce temps, au loin, des pêcheurs de poulpes, un concentré d'ultra-libéralisme : ils n'ont pas d'eau à nous passer, ils ne peuvent pas nous aider car ils doivent aller pêcher au large, par contre, ils veulent bien amener Stéphanie qui est allée leur demander de l'aide !!

 

La même galère de sable que la veille recommence comme l'annonce d'un jour sans fin. A quelques détails près : chaleur accablante, fatigue, stress, confiance entamée, bateau ou épave ? Le travail avance lentement, trop lentement. Notre confiance est rétamée. Fred a beau essayer de nous convaincre, il sait aussi que l'on a trop de retard sur la marée. L'équation est tellement simple : si on veut sauver la coque ce soir, il faut la positionner avant 16 heures pointe face à la mer. Le retard est tel que nos bras, nos mains, nos jambes... n'ont plus le courage de servir de pelle. Quand soudain une petite embarcation s'avance vers notre enfer de sable. C'est Marco et sa cousine. Ils reviennent de plonger. Ils n'ont que du matos de plongée mais pas de pelle ! Malgré cette aide venue de la mer, notre retard est tel que l'échec semble inévitable. Mais le simple fait de les voir se joindre à nous pour creuser,  notre résignation cède un peu de place au courage. Le bateau n'est pas du tout face à la mer, qui elle se trouve désormais à moins de 2 mètres. Des touristes, sont depuis ce matin sur la plage. On n'a plus le choix, je décide d'aller leur demander de l'aide. A ma grande surprise, ce groupe est composé de 5 gros molosses réunionnais. Sans essayer de creuser davantage, nos 24 bras tentent de pousser le navire pour l'obliger à pivoter. Et là ! Miracle ! magie des moments qui en un instant vous tirent du désespoir, le bateau tourne d'au moins 10 degrés. En moins de 10 minutes, il est face à la mer. Il ne nous reste plus qu'à attendre l'océan pour pousser.

 

 

Alors qu'il y a peine une heure, pas un membre de l'équipe des naufragés n'aurait parié sérieusement que le bateau serait ce soir à l'eau, prêt à être remorqué, ce dernier est ancré au large de la plage. Il doit être rempli de sable entre la coque et le plancher car il penche dangeureusement sur l'arrière droit. Malgré notre joie nous restons vigilants, conscients que cette faiblesse ne supportera pas une houle trop formée !

Vous voulez en savoir plus ? A  demain...

 

 

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